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Tentatives suicidaires en
Trois passages à l'acte…

“ Acte 1 – Touche-Touche voiture ”

Puisque la mémoire fut elle aussi touchée par le Cancer, des problèmes de localisation temporelle me font perdre la tête. Me croyant dans une cour de récréation gigantesque, je m’amuse avec notre chien, Cali, à la course…

Le premier de nous deux qui arrivera à toucher une voiture !

Le plus rapide s’engage avant l’autre sur une des routes nationales prenant en étau notre maison mais fidèle à Jean de La Fontaine et la morale d’une de ses fables, ce ne sera pas le lièvre qui gagnera la course…

En effet, je cours sans perdre haleine et débouche après Cali sur le bitume… Je traverse sans regarder et si tôt atteint l’autre côté, alors que je suis quasiment invisible puisque derrière un platane, je bondis sur la route lorsque j’entends le vrombissement d’un moteur !

Le résultat ne se fait pas attendre : un joli salto plus tard après le choc frontal avec le pare-brise, je me crashe sur l’asphalte ! 

Si je parlai dans un chapitre précédent d’Anges, eh bien, ils répondirent à nouveau présent au rendez-vous en convoquant une ambulance dès le véhicule suivant !

Bilan de ce premier délire : une jambe cassée

“ Acte 2 – La Lumière dans la nuit ”

Une année jour pour jour quasiment après ce qui pourrait s’apparenter à une tentative suicidaire, une terrible réplique se fera connaître… De nuit !

Cela commence par une bouffée de parfum, la seule et unique fois de ma vie où je m’en aspergerai… Sensible voire hyper-sensible aux odeurs depuis ma chimiothérapie qui développa ce sens en effets secondaires, les effluves ne tardent pas à me monter à la tête et se mêler à la chimie de ma médicamentation de l’époque : un antiépileptique préventif.

En vue de l’épisode précédent et des propos discordants que je commence à tenir, mes proches verrouillent toutes les portes fenêtres de la maison afin de sécuriser la nuit…

Cela fait onze ans que je ne peux dormir plus de trois heures consécutives d’où un sommeil non récupérateur d’où une torture quotidienne de privation de sommeil entraînant ces fameuses crises… Après m’être couché, plus précisément deux fois une heure et demie après soit deux cycles de sommeil (le maximum auquel mon cerveau se réserve pour se reposer malheureusement sans phase réellement régénérante), je me lève avec une subtile envie d’uriner.

Une fois soulagé, l’instinct me pousse à sortir de la maison… Par la fenêtre non condamnée des toilettes ! J’enjambe donc le WC puis ouvre la fenêtre et saute vers l’extérieur : libre de cette « maison-close », je continue sur ma lancée animée par l’instinct !

Je parcoure plusieurs kilomètres sur des chemins en pleine campagne, saute même d’un pont dans un cours d’eau, nage et après plusieurs centaines de mètres dans l’eau boueuse, j’émerge de nouveau sur une route… Nationale.

Comme le papillon, je suis attiré de façon irrépressible vers la lumière

Ne pouvant m’en défaire et sachant pertinemment sa dangerosité, je bondis quand même dans la blancheur immaculée… Des phares d’une voiture ne parvenant pas à m’éviter !

Sans s’arrêter le bolide continue sur sa lancée, me laissant croupir sur la voie… Un os apparent !

Retrouvant peu de temps plus tard mes esprits, je me relève et marchant tel un zombie, reviendrai à la maison… Me coucher !

Fin de la bouffée délirante quand mon esprit me fait part de la douleur : je hurle comme un dément, réveillant mes proches ! Quel choc ont-ils, en allumant la lumière de la chambre, découvrent-ils leur fils dans des draps couverts de sang et après les avoir soulevés, un jambe dans un si sale état !

Bilan : une impression d’être le pestiféré de la famille, les ayant si intensément traumatisés, me poussera à partir à l’étranger prendre une bouffée d’air frais en Roumanie. Cela sera pour y faire du volontariat autrement dit des reportages sur la vie locale, moi qui initia les bouffées délirantes après m’être fait dérobé une coquette somme d’argent par deux roumaines… Jolie façon de faire voler en éclat une idée négative.

Acte 3 – Les cornes de brumes

Des années plus tard après avoir mis en relation mon antiépileptique avec ces deux tentatives suicidaires (plus d’une personne sur dix étant sujettes à passer aux actes !) et en en étant affranchi, ce sont d’autres médicaments chimiques qui me font partir en vrille…

Un cocktail puisant dans ma vitalité jour après jour, me pousseront à rassembler mes dernières forces pour en finir avec cette vie et passer à la suivante ! Solution certes radicale j’en conviens, mais à l’époque, je ne pesai pas encore bien lourd dans la balance de la vie en ne faisant que dormir…

Toujours est-il que je passe en mode pilote automatique en m’armant d’un couteau en céramique de cuisine ainsi que ma carte de crédit et des pièces d’identité. Je prends le tramway de mon quartier le reliant directement à l’aéroport où je loue une voiture.

Si quelques semaines auparavant, je voulais faire les chemins de Saint-Jacques, ce joli pèlerinage effectué par mon frère aîné des années plus tôt, j’en ai un autre dans la tête… Plus personnel : revoir le dernier grands-parents –ma grand-mère paternelle– encore en vie en Auvergne

Je conduis donc toute l’après-midi jusqu’à Salers, son village historique dans le Cantal. Arrivée à la tombée de la nuit, trop tard pour lui rendre visite, je suis mon instinct qui me conduira jusqu’à une balade de mon enfance : un volcan nommé Puy Violent !

Arrivée en haut sur le parking, je sors du véhicule, me dévêtis puis saisis le couteau avant de choisir le plus bel angle de vue. À deux mains, je me poignarderai le thorax à trois reprises visant le cœur que j’estimai heureusement bien plus bas dans ma poitrine ! Je jette au loin le couteau puis vais me perdre dans les montagnes…
Une fois le bon spot trouvé, je m’allonge et attends la faucheuse…

Qui me posera un lapin puisqu’une heure plus tard, j’agonise toujours dans le froid se faisant enfin sentir ! Je comprends que mon heure n’est pas encore venue et machinalement je me relève pour rentrer à la voiture… Quand je réalise que je suis bel et bien perdu dans la nuit noire !

Je tâtonne dans le brouillard jusqu’à ce qu’un retentissement de cloches se fait entendre autour de moi et là… Je vois apparaître à ma gauche puis à ma droite, des cornes gigantesques ! Ce sont les vaches soi-disant agressives de Salers qui font leur apparition tout autour de moi !

J’ai une frayeur et un haut-le-cœur si puissant : exactement comme si j’avais retenu ma respiration pendant de longues années et qu’enfin daignai reprendre mon souffle en refaisant surface ! Je n’oublierai jamais cette nuit : les vaches à la réputation mauvaises, me ressuscitèrent par un électrochoc si violent que lorsqu’elles me ramèneront à la voiture, je trouverais la force surhumaine de traverser la France jusqu’à la Sarthe, durant la nuit entière, où réside mon oncle et sa femme dans leur ferme et prendront soin de moi un mois durant le temps que les plaies se cicatrisent…

Nouveau bilan : unique délire sans hospitalisation suivante où un Père et un Fils redécouvrent la filiation puissante paternelle !

L'Homme est cet animal fou
dont la folie a inventé…

La Raison